La réintégration de savoir-faire ancestraux tels que le tissage, le tricot, la reliure, la couture, la sculpture, la linogravure,… dans le cadre scolaire a le vent en poupe. Ces travaux manuels ont prouvé leur intérêt dans le soutien aux apprentissages et à l’acquisition de l’écriture manuscrite. Non seulement ils viennent renforcer et même aboutir les autres matières en leur donnant une application pratique, mais ils aident à développer la motricité fine, indispensable pour l’écriture, et à stimuler les connexions neuronales. Ces activités contribuent également à acquérir des compétences fondamentales telles que la persévérance, l’adaptabilité, la concentration, le sens de l’esthétique, et la confiance en soi.
Dans le programme présenté ci-dessous, les activités sont choisies en fonction des étapes de développement de l’enfant et aboutissent toujours à la création de quelque chose d’utile, dont les enfants pourront se servir. Leur ouvrage prend alors un sens, de même que les cours plus théoriques puisqu’ils leur découvrent une application pratique.
Le tricot pour favoriser la motricité fine et préparer à l’écriture
Tricoter avec les doigts, puis avec des aiguilles, est un apprentissage complexe. Il constitue une excellente préparation à l’acquisition de l’écriture, puisqu’il développe chez les enfants l’attention et la concentration, ainsi que la motricité fine à travers la tenue de l’outil et la précision du geste. La latéralité est également sollicitée, ainsi que le contrôle de l’œil sur la main.
Pour stimuler l’enthousiasme des élèves et donner du sens, ils peuvent aussi fabriquer les aiguilles eux-mêmes ou réaliser le processus de coloration de la laine.



Le crochet est également intéressant pour faire travailler les mains de manière indépendante : une main tient l’ouvrage et maintient la tension du fil, l’autre main travaille et créée la maille.
Un peu plus grands, les enfants peuvent apprendre le point envers, ce qui ajoute de nombreuses possibilités aux motifs qu’ils pourront créer. En leur proposant de suivre un modèle qui les appelle à combiner différentes couleurs, différentes hauteurs de rangs, et à créer des motifs qui s’alternent avec plus ou moins de régularité, cela peut amener du défi et mettre en pratique leurs cours d’arithmétique d’une façon à la fois complexe et amusante.
En fin de primaire, on pourra aussi introduire le tricot en rond, sans s’arrêter, pour faire un bonnet, des mitaines, un tour de cou, des chaussettes. En fonction du niveau d’expertise de l’enfant, on peut adopter des aiguilles circulaires ou, plus difficile, opter pour cinq aiguilles.
Mobiliser toutes les régions du cerveau et stimuler les connexions neuronales
Cet exercice n’est absolument pas anodin – les enfants à qui on ne donne pas l’occasion de « suivre le fil » de la pelote à travers l’entrelac des nœuds formés par l’action de tricoter seront moins entraînés plus tard quand on leur demandera de « suivre le fil » d’un raisonnement complexe. Il a été démontré dans les neurosciences combien la mobilité et la dextérité des muscles moteurs fins, spécialement ceux situés dans la main, peuvent stimuler le développement cellulaire dans le cerveau, et donc venir renforcer le réseau physique des connexions nécessaires à la pensée.
Les travaux de A. Jean Ayres, une spécialiste des troubles de l’apprentissage, montrent une relation étroite entre praxis (capacité à programmer un acte moteur) et compétences en lecture. De même les travaux de Strauss et Werner démontrent que des enfants souffrant d’agnosie des doigts (un trouble qui affecte la dextérité) ont plus de difficultés à maîtriser l’arithmétique. D’autres études en neurosciences, telles que celles du Dr Yonas, professeur en neurologie et psychiatrie démontrent les bienfaits du tricot et du crochet. Tricoter fait appel à la fois à la mémoire – on doit se souvenir de toutes les étapes successives à accomplir, et à l’imagination en anticipant la suite du travail. On sollicite le lobe frontal (jugement, planification, résolution des problèmes), le lobe occipital (qui interprète les données de la vision – couleur, lumière, mouvement), le lobe temporel (siège de la mémoire, du séquentiel et de l’organisation), et le cerebellum (qui coordonne la précision et le timing des mouvements). Le fait de faire appel à toutes ces régions du cerveau en même temps stimule les connexions neuronales.
En outre, la répétition rythmique de ce mouvement de formation des mailles amène de la détente et s’avère bénéfique pour les enfants nerveux ou hyperactifs.
Sculpter, graver, broder
La linogravure peut se pratiquer tout au long des primaires tant elle soutient et renforce la motricité fine si précieuse à l’écriture : précision du geste, maîtrise de l’outil, coordination oeil-main et gestion de la pression et des tracés. Elle présente également de nombreux intérêts liés au graphisme : comprendre la composition d’une image, simplifier les formes et travailler les contrastes, explorer différents styles graphiques,…
Vers 9-10 ans, l’individualité de l’enfant s’affirme et on on peut la soutenir en introduisant la fabrication d’une cuillère en bois dans l’atelier menuiserie ou par la broderie au point de croix . Les enfants brodent leur prénom ou un motif qu’ils inventent en amont sur une feuille. La régularité et la précision sont capitales. Les enfants apprennent différents points et différentes formes, ils commencent par le point avant, puis créent des épis avant d’arriver au point de croix. Si l’on se trompe, il faut décider si l’on défait et recommence ou décider de garder les défauts pour voir les progrès réalisés avec le temps.
La fabrication du papier

Expérimenter la fabrication du papier a tout son sens dans le contexte scolaire où il est utilisé quotidiennement en très grande quantité. C’est l’occasion de remettre en lumière l’histoire et la richesse de cet objet courant qui a perdu sa valeur. Le plaisir de créer chaque feuille, de la décorer et de pouvoir l’utiliser ensuite dans les travaux de création (reliure ou autre).

La couture et ses matières
En 5ème et 6ème primaire, on découvre la couture au point de feston. Celui-ci doit être petit et régulier pour donner de la tenue à l’ouvrage. On peut créer des pentagones de tissu, pour mettre en pratique le cours de géométrie, pour ensuite les assembler et créer des formes en trois dimensions.
La reliure et le travail du cuir en seront d’autres applications, qui travailleront également le pliage, le découpage, l’assemblage et la manipulation d’outils, avec une exigence de rigueur quant au respect des étapes de fabrication.
La mécanisation
Et finalement arrive la mécanisation avec le métier à tisser, le tour à bois et la machine à coudre, en résonance avec la révolution industrielle. Après avoir tricoté, relié, gravé, taillé et cousu à la main, les élèves sont amenés à ressentir la révolution qu’a représenté l’introduction de la machine dans la fabrication artisanale. Ils apprennent à utiliser un métier à tisser, un tour à bois, à manipuler une machine à coudre et surtout à coudre droit. On les encourage à travailler pour autrui et plus uniquement pour eux-mêmes.
Ils peuvent ensuit apprendre à suivre un patron, à découper et assembler des morceaux de tissu pour créer un vêtement ou des costumes qu’ils pourront porter. On peut les sensibiliser à l’importance de la réutilisation en transformant d’anciens vêtements.
« Dans le sens du fil » : cycle découverte de 9 ateliers
| Programme type de travaux proposés dans un cadre scolaire | |
| septembre | Tricoter avec les doigts |
| octobre | Tailler ses aiguilles et teindre sa laine |
| novembre | Tricoter avec des aiguilles |
| décembre | Couture : point de feston |
| janvier | Maroquinerie: patron et point de feston |
| février | Linogravure |
| mars | Tissage ou point de croix |
| avril | Fabrication du papier |
| mai | Reliure et impressions végétales |
| juin | Exposition des travaux, rencontre avec les partenaires |
Chaque atelier se déroule sur une matinée. Le travail est lancé avec l’animatrice et est continué dans le cadre de la classe durant le mois qui suit. Les travaux proposés sont adaptés en fonction de l’âge et du développement moteur des enfants. Les ateliers de fil sont évolutifs et se reposent sur les acquis des ateliers précédents. Le programme peut être revu ou adapté en fonction du contexte de la structure d’accueil.